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Tuesday, March 1 2011

Libye/ Sociologie d'une révolution

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#1 Olivier YPSILANTIS (Homepage) on 2011-03-14 16:39 (Reply)
Le « Printemps arabe », sympathique expression en passe d’entrer dans le langage courant. Elle nous reporte, subliminalement pourrait-on dire, au « Printemps de Prague » (1968), sans que l’on voie vraiment le rapport entre ces deux « Printemps ». Et l’Européen de mon âge se souvient bien sûr de la « Révolution des Œillets » au Portugal, avec ces fraternisations entre l’armée et le peuple, en avril 1974. Mais ces rapprochements subliminaux ne sont pas sérieux, aussi convient-il de ne pas s’y arrêter. J’attribue à ces révoltes arabes une cause dont les Arabo-musulmans ne me semblent pas être explicitement conscients. Des puissances colossales s’érigent à côté de l’Occident (désignation toute relative, j’en conviens) parmi lesquelles la Chine, le Sud-Est asiatique, l’Inde, le Brésil. Le monde arabe sent confusément qu’il n’est qu’un clochard et un mendiant. Mais il ne l’est que par sa faute et il faut en finir avec le langage de la victimisation dont les Arabes sont friands et qui est si complaisamment relayé par des partis de gauche. Accuser les ex-puissances coloniales et l’Occident de tous ses maux relève de la plus complète immaturité politique et d’une profonde malhonnêteté qu’il faudrait cesser de relayer chez nous. Ce « Printemps arabe » traduit l’inquiétude diffuse de populations qui, par la toute-puissance des moyens de communication, se savent à la traîne. Et la nouvelle génération, la génération Facebook ou Twitter, en est doublement consciente. On peut noter en passant que les zones les plus arriérées de la planète correspondent assez précisément aux zones où l’islam est majoritaire. La fuite des Juifs, et à présent des chrétiens, ne va probablement faire qu’accélérer ce phénomène. Le monde arabo-musulman n’a guère participé à la modernité ou si épisodiquement ‒ très brillamment disons-le ‒, en Andalousie, il y a près de mille ans, avec cette interrogation fondamentale sur les délicats rapports Foi / Raison. Il n’a rien donné depuis et il n’en serait guère question s’il ne possédait les principales réserves de pétrole. Laissés pour compte, les clochards regardent passer les convois de la modernité avec rage et envie. Mais il y a plus. Le monde arabe, cœur historique de l’islam, se sent de plus en plus marginalisé au sein de l’immense monde musulman, marginalisé par la démographie mais aussi par l’économie avec le poids grandissant des musulmans d’Asie. Pensons à la Malaisie dont la religion d’État est l’islam mais où cohabitent de nombreuses communautés dont les Chinois et les Indiens, adeptes d’autres religions que la religion officielle. Il faudrait également évoquer cette grande peur qui agite l’oumma avec des tensions sunnites/chiites et, sous-jacente, une rivalité séculaire Arabes/Iraniens, dont tout indique qu’elle ne fait que grandir. Le « Printemps arabe » est bien plus une révolte contre l’état du monde arabe qu’une révolte contre des régimes autoritaires (Égypte et Tunisie) ou une dictature (Lybie). C’est une prise de conscience diffuse face aux assauts de la modernité. Ce « Printemps » va-t-il faire monter les Arabes dans leur propre estime ? Je l’espère car il faut au moins un peu s’estimer pour espérer progresser. La partie est serrée car, en terre d’islam, le risque est particulièrement élevé de voir le religieux s’entortiller avec le politique. C’est d’ailleurs de cet entortillement que procède une bonne part des problèmes d’un monde pris entre rumination et stabulation.

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