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Category : Français
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Michel Gurfinkiel.
Le fait capital, dans la campagne présidentielle américaine actuelle, c’est que Barack Obama n’a presque jamais atteint 50 % des intentions de vote. Il n’est parvenu à ce résultat qu’une seule fois, le 30 août, après la convention démocrate de Denver. Le reste du temps, il a stagné entre 45 et 47 %. En d’autres termes, une majorité absolue d’Américains l’a rejeté d’emblée.
Les médias ont ignoré ou occulté ces données. Parce que John Mac Cain, le candidat républicain, obtenait encore moins d’intentions de vote dans les sondages : de 40 à 45 % le plus souvent. Même si Obama ne perçait pas véritablement, il pouvait donc l’emporter par défaut, face à un adversaire qui ne parvenait pas à mobiliser ses propres troupes.
Le principal atout de MacCain était d’appartenir à l’aile la plus à gauche, ou si l’on préfère la plus centriste du parti républicain : il était donc en mesure de rallier à sa candidature une partie de l’aile la plus à droite, la plus centriste, du parti démocrate, qui s’était portée, pendant les primaires, sur Hillary Clinton.
Sa principale faiblesse est de ne pas plaire à l’aile droite républicaine. Pour faire le plein de ses voix potentielles, il lui fallait donc un vice-président plus conservateur que lui, mais pas au point de faire fuir l’électorat centriste. Beaucoup de noms ont circulé. Finalement, McCain a choisi Sarah Palin, la gouverneure de l’Alaska. Un coup de génie, qui lui a donné du jour au lendemain 10 points de plus dans les sondages et l’a mis à égalité avec Obama dans les intentions de vote, sinon devant lui.
Sarah Palin présente des qualités proprement politiques. Elle vient de la base : avant d’être élue à la tête de son Etat, elle était maire de Wassilia, la petite ville où elle a grandi et où elle vit. Elle est excellente oratrice, comme elle l’a prouvé à la convention républicaine de Saint-Paul, quand elle a officiellement « accepté » de seconder MacCain. Mais ce qui est décisif, c’est sa personnalité.
Elle est très jeune : quarante-quatre ans. Trois de moins qu’Obama. Elle « représente » donc autant l’Amérique du XXIe siècle que le candidat démocrate.
C’est une femme, dans un pays où la guerre des sexes a toujours fait rage, où le genre dit faible a toujours eu beaucoup de pouvoir, et où il brigue depuis vingt ans au moins le pouvoir par excellence : la présidence. Compte tenu de l’âge de MacCain – soixante-douze ans -, elle pourrait réellement y parvenir, soit qu’elle remplace le président en cours de mandat, soit qu’elle assume la candidature républicaine en 2012.
Elle est blanche, avec un pedigree anglo-irlando-allemand, mais pourtant « multiethnique » : son époux est d’origine eskimo.
Enfin, de délicieuses ambiguïtés entourent sa vie privée. Elle est aujourd’hui mariée et mère de quatre enfants ; mais à vingt ans, elle triomphait dans les concours de beauté. Elle milite pour la religion et la famille traditionnelle, mais reconnaît avoir fumé de la marie-jeanne, à l’époque où la possession de cette herbe n’était pas prohibée en Alaska, sans toutefois « en tirer du plaisir ».
L’humoriste conservateur P. J. O’Rourke parle souvent des « reptiles du parti républicain » - Republican Party Reptiles, RPR en abrégé - , ces hybrides qui votent pour Ronald Reagan ou George W. Bush sans renoncer entièrement à la permissivité. Ils constituent, selon lui, la ligne de défense ultime de l’Amérique. Sarah Palin est RPR en diable. Et ce fut une immense erreur, de la part des démocrates, de tenter de la discréditer en révélant que sa fille Bristol, âgée de 17 ans et célibataire, était enceinte de cinq mois. Palin a répliqué que sa fille gardait l’enfant et allait se marier avec le père. Les conservateurs en ont déduit que la candidate à la vice-présidence était réellement « prolife » (anti-avortement) et les RPR, à tort ou à raison, qu’elle faisait toujours partie du club.
Bien entendu, rien n’est joué pour autant. L’élection de 2008, comme toutes les élections, se jouera sur l’atmosphère des derniers jours, sur les impondérables de l’actualité, et sur les faux pas éventuels des uns et des autres. Mais les deux camps ont pris leurs dimensions véritables.
© Michel Gurfinkiel, 2008