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Category : Français
Defined tags for this entry: altermondialisme, Castro, Chavez, Cuba, géorgie, KGB, Poutine, Russie, trotskystes, ultra-droite, URSS
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Michel Gurfinkiel.
Voici vingt ans, en 1988, la Russie, alors connue sous le nom d’Union soviétique, était un Empire immense. De la Baltique à l’océan Pacifique, et du cercle Arctique au Pamir, elle contrôlait 22 millions de kilomètres carrés, d’un seul tenant : c’est à dire le sixième de toutes les terres émergées ou encore, selon la remarque d’un géographe allemand, « plus que la superficie de la face visible de la Lune ». Avec 300 millions d’habitants, elle se situait au quatrième rang mondial ex æquo : derrière la Chine et l’Inde, à égalité avec les Etats-Unis.
Au delà de ses frontières, elle contrôlait six Etats nominalement indépendants en Europe de l’Est, Cuba dans les Caraïbes, la Mongolie et le Vietnam en Extrême-Orient, une dizaine d’Etats en Afrique noire. Elle avait noué des alliances étroites avec la plus grande partie du monde arabe et islamique, ainsi qu’une alliance d’un autre ordre, moins inégale, avec l’Inde. Elle avait retrouvé une partie de son influence dans des pays communistes rebelles, tels que la Roumanie, la Yougoslavie et même l’Albanie.
En outre, elle disposait de puissants réseaux dans le reste du monde : les vieux partis communistes de l’ère stalinienne, de nombreux partis ou groupuscules trotskystes (repris en main, dans les années 1960, par l’intermédiaire de Cuba), une nouvelle gauche teintée d’écologisme, de nombreux mouvements dits de « libération nationale » dans le tiers-monde, une partie des confréries islamistes, l’OLP de Yasser Arafat, et enfin, last but not least, les bonnes vieilles droites et extrême-droites d’Occident, pour lesquelles un régime autoritaire ou totalitaire, même rouge, était toujours préférable à un régime démocratique.
Ce qui tenait l’Empire debout, c’était le KGB, à la fois corps d’élite, police secrète, maître d’oeuvre de camps de concentration, officine de meurtre et de corruption, service de contre-espionnage, agence de désinformation, inquisition idéologique. Le KGB gouvernait l’Union soviétique proprement dite, les Etats vassaux, les Etats satelllites et alliés. Il gérait les réseaux subversifs au sein du monde libre.
L’Empire s’est effondré, comme on le sait, en trois ans. Par une sorte de pourrissement intérieur. L’URSS a disparu en tant qu’Etat, ses vassaux est-européens ont retrouvé leur indépendance. Mais la structure impériale centrale, le KGB, est restée en place. En Russie même, elle a repris le pouvoir en 1999, avec Vladimir Poutine. Dans la plupart des républiques ex-soviétiques, ce sont des branches locales de l’ex-KGB qui gouvernent, d’une main de fer. Et surtout, les réseaux implantés en Occident et dans le tiers-monde n’ont jamais disparu. Ils animent aujourd’hui quatre internationales superposées : le gauchisme latino-américain, dont les épicentres sont Cuba et le Venezuela d’Hugo Chavez ; la nouvelle gauche altermondialiste en Occident, dont Olivier Besancenot est aujourd’hui une figure de proue ; l’islamisme, notamment sous contrôle iranien, ce qui inclut des mouvements sunnites comme le Hezbollah et le Hamas ; et enfin l’ultra-droite anti-américaine, qui milite pour une grande alliance continentale allant de la France à la Russie en passant par l’Allemagne.
Cette évolution, ou plutôt cette redoutable régression, était visible à l’œil nu. Il a pourtant fallu la crise du Caucase, le mois dernier, pour qu’on l’intègre à la réflexion politique. L’heure presse.
© Michel Gurfinkiel, 2008