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Michel Gurfinkiel.
L’armée de l’air israélienne se prépare-t-elle à effectuer un raid contre les installations nucléaires iraniennes ? Selon le New York Times (numéro du 20 juin 2008), c’est dans ce but qu’elle aurait récemment organisé de nombreux exercices au dessus de la Méditerranée : notamment des simulations de ravitaillement et de secours en plein vol à plus de 1500 kilomètres de ses bases. Une centaine d’appareils - avions F-16 et F-15, appareils ravitaileurs, hélicoptères - auraient participé à ces manoeuvres.
Le porte-parole de Tsahal n’a ni confirmé, ni démenti. Il s’est borné à observer qu’ « Israël procédait régulièrement à des exercices de ce type afin d’être en mesure, le cas échéant, de faire face à des menaces contre sa sécurité ». D’autres armées occidentales travaillent également sur des scénarios d’intervention en Iran : des exercices ont eu lieu aux Etats-Unis, au Canada et en Italie, au large de la Sardaigne. Cela fait partie de la routine en matière de défense et ne signifie pas qu’une décision politique ait été prise dans ce sens.
Depuis que la guerre existe, les états-majors tendent à garder le secret sur l’état réel de leurs forces, leurs armements et leurs plans d’action. Cette dissimulation permet la surprise, qui est elle-même une condition essentielle de la victoire.
Mais si dissimuler est bien, induire l’adversaire en erreur est mieux : les mêmes états-majors s’arrangent souvent pour faire passer aux adversaires potentiels, ou même à des puissances neutres, des informations tronquées ou fausses, tendant soit à surestimer soit au contraire à sous-estimer leur potentiel réel.
Cette désinformation se pratique souvent à l’occasion de manœuvres où l’on invite les attachés militaires étrangers. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne nazie a fait croire, à travers ses parades et ses exercices, qu’elle était beaucoup plus forte et beaucoup mieux équipée qu’elle ne l’était en réalité : ce qui, en démoralisant les adversaires, a contribué à leurs reculs diplomatiques puis à leurs défaites sur le terrain pendant les années 1938-1941. Mais au même moment, le Japon faisait croire qu’il était plus faible et moins bien équipé qu’il ne l’était en réalité : ce qui lui a permis de remporter des succès fulgurants contre les Etats-Unis, l'Empire britannique et les Pays-Bas en décembre 1941 et au début de 1942, de l’attaque surprise sur Peal-Harbour à la conquête de Singapour et de l'archipel indonésien …
Depuis 1948, les Israéliens ont généralement préféré l’approche japonaise à l’approche allemande, et cela leur a été bénéfique. En septembre 2007, le silence total qui a précédé l’opération contre des installations stratégiques en Syrie a contribué à une réussite non moins totale. Dès lors, comment interpréter les informations actuelles un raid éventuel contre l’Iran ? Elles peuvent venir de sources hostiles à Israël, nombreuses au Pentagone, plus nombreuses encore au Département d’Etat américain. En révélant la nature de ces manœuvres, des éléments anti-israéliens chercheraient à interdire le passage à l’acte. Elles peuvent venir, au contraire de sources gouvernementales israéliennes, voulant se justifier devant une opinion publique de plus en plus rétive.
Reste un troisième scénario, plus sophistiqué, mais tout à fait vraisemblable, où l’état-major israélien laisse filtrer des informations inexactes mais susceptibles de déstabiliser l’Establishment iranien. Producteur majeur de pétrole, détenteur de ressources majeures en pétrole et en gaz naturel, l’Iran d’Ahmadinejad est en train de sombrer dans une crise économique et sociale majeure. Des émeutes de la misère ont lieu un peu partout dans le pays, à commencer par Téhéran.
© Michel Gurfinkiel, 2008