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Category : Français
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Michel Gurfinkiel.
En Israël, la question n’est plus si le premier ministre Ehud Olmert, accusé de corruption, doit s’en aller, mais quand il le fera, et surtout qui lui succédera. La ministre des Affaires étrangères, Tsipi Livni, n’a cessé de se poser en rivale depuis deux ans et demi, tant au sein du parti Kadima qu’au gouvernement. Elle laisse entendre qu’elle pourrait le remplacer à la tête d’une coalition parlementaire inchangée, réunissant Kadima, les travaillistes et le Shas, sans qu’il soit besoin d’organiser des élections anticipées. Mais elle se heurte à bien des concurrents.
Le ministre travailliste de la Défense, Ehud Barak, estime que, dans ce scénario, c’est à lui que doit désormais revenir le poste de premier ministre. Shaul Mofaz, ancien commandant en chef de Tsahal et ancien ministre Likoud de la Défense, aujourd’hui vice premier ministre Kadima et ministre des Transports, propose lui aussi de faire l’économie d’élections anticipées, mais à travers un gouvernement d’union nationale incluant, sous son autorité, le Likoud de Benjamin Nethanyahu et d’autres partis de droite. Nethanyahu, pour sa part, préfère de nouvelles élections : la plupart des sondages donnent actuellement, dans cette hypothèse, un net avantage à sa formation.
Mais au-delà de ces tribulations et trémulations domestiques, l’affaire Olmert sert l’image d’Israël. La mise en examen d’un chef de gouvernement soupçonné de corruption prouve en effet, a contrario, la solidité des institutions et l’honnêteté de la société civile. L’opinion occidentale en convient. Et ce qui est nouveau, une partie de l’opinion arabe rejoint le consensus.
On le découvre en parcourant l’internet et la « blogosphère » arabes, mais aussi le courrier des lecteurs ou les éditoriaux de la presse classique. D’après une enquête de Khaled Abou Toameh parue dans le Jerusalem Post, de nombreux observateurs arabes soulignent, avant toute chose, la modestie des sommes en jeu dans l’affaire Olmert (150 000 dollars de la part du financier américain Morris Talansky sur une période de quatorze ans). Abou Attab, un internaute marocain, observe : « On accuse Olmert d’avoir reçu quelques milliers de dollars par an. Cela signifie qu’il est un homme honnête. Chez nous, une personnalité gouvernementale exigerait la même somme sur une base journalière. » La transparence du système politique et judiciaire israélien est un second motif d’admiration. Un Saoudien, Abdel Karim, note : « Avant de se répandre en imprécations contre Israël, prenons exemple sur son régime, où personne n’est au-dessus de la loi. » Un Yéménite, Mahmoud al-Bakili, précise : « Le système israélien, où tout le monde doit rendre des comptes, est exactement celui dont nous avons besoin ». Un autre internaute saoudien, qui signe Israel Lover, ce qu’on pourrait traduire par Dingue d’Israël, n’hésite pas à écrire : « Israël est un pays qui mérite d’exister. Il a droit à notre profond respect. J’aurais aimé être un citoyen israélien. »
J’ai bien dit qu’il ne s’agissait que d’une partie de l’opinion arabe. Mais cette approche gagne en force, en puissance, en assurance. A l’admiration pour la démocratie israélienne se juxtaposent une redécouverte des anciennes relations entre Juifs et musulmans, mais aussi une réflexion sur la Shoah, le totalitarisme, les droits de l’homme. Le livre magnifique de l’Algérien Boualem Sansal, Le Village de l’Allemand (Editions Gallimard), roman philosophique qui établit un lien direct entre le nazisme et les idéologies totalitaires de l’Orient contemporain, nationalisme et islamisme, entre Auschwitz et le djihad, montre jusqu’où cette prise de conscience peut d’ores et déjà conduire.
© Michel Gurfinkiel, 2008