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Category : Français
Defined tags for this entry: assad, égypte, gaza, hamas, hezbollah, irak, israël, modestie, nasser, saddam hussein, stratégie, syrie
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Michel Gurfinkiel.
On ne peut dénier aux ennemis principaux actuels d’Israël – le Hezbollah chiite libanais implanté sur la frontière nord, le Hamas sunnite palestinien retranché dans l’enclave de Gaza, au sud-ouest – une certaine perspicacité stratégique.
Ces deux confréries armées ont tiré la leçon des échecs constants de leurs prédécesseurs, l’Egypte de Nasser, l’OLP de Yasser Arafat, l’Irak de Saddam Hussein. Elles ont compris que ces derniers avaient pêché par présomption et impatience, en se lançant sans cesse dans des batailles à haute intensité ou à fort enjeu qu’Israël – du fait de sa supériorité sociétale et technologique (les deux sont liés) - ne pouvait que gagner.
Elles ont donc opté pour l’attitude inverse : harceler les Israéliens jusqu’à la limite du supportable, mais pas au-delà. Cette sagesse leur a peut-être été enseignée par Hafez al-Assad, le père de Bachar al-Assad. Maître absolu de la Syrie pendant trente ans, de 1970 à sa mort subite en 2000, celui-ci avait d’abord appliqué, pendant la guerre de Yom-Kippour en 1973, la stratégie de la montée aux extrêmes en lançant une attaque frontale sur le Golan. Ayant échoué – trois semaines plus tard, les Israéliens étaient parvenus à soixante kilomètres de Damas -, il avait décidé de ne plus employer contre l’Etat juif qu’une stratégie indirecte, en prenant le contrôle du Liban et en y instrumentalisant divers acteurs locaux, les allogènes palestiniens d’abord, certains chrétiens libanais ensuite, les chiites enfin.
La stratégie « modeste » du Hezbollah et du Hamas porte parce que les Israéliens, nation moderne, occidentale, donc peu prolifique et attachée au caractère sacré de chaque existence, évaluent sans cesse le coût militaire, humain et politique de chaque opération. Tant que le coût d’une contre-attaque est plus élevé que celui d’une « politique de retenue » (« restraint policy » dans le jargon anglo-saxon des militaires et des diplomates), ils préfèrent la seconde solution. L’art du Hezbollah et du Hamas est d’atteindre le point extrême où la « retenue » israélienne apparaît comme un aveu de faiblessse, mais de ne jamais le dépasser. Ce qui renforce son propre prestige et donc un rôle de leader régional. Mais ne provoque pas la riposte qui les anéantirait.
L’erreur stratégique israélienne pendant la Seconde Guerre du Liban, en 2006, est de ne pas avoir tenu compte de ces données. Et d’avoir momentanément abandonné la politique de retenue sans s’être donné au préalable les moyens de combattre et de défaire la stratégie modeste, mais efficace, de l’adversaire.
Deux ans plus tard, Israël peut-il prendre sa revanche ? En envoyant des missiles sur Ashkelon, voici quelques jours, le Hamas a commis l’erreur de se départir de sa « modestie ». Il se rapproche des centres vitaux d’Israël. La riposte est donc inévitable. Or précisément, tandis que le Hamas perd sa tête, Israël semble garder la sienne. La contre-attaque est dure, mais graduée. Tsahal occupe un secteur de Gaza, mais pas toute l’enclave. Une division est engagée, mais pas plus. L’Etat hébreu frappe les infrastructures, mais de façon sélective. C’est la méthode que Sharon avait suivie en 2001-2002 : avant l’opération Homath Magen (« Remparts ») qui avait liquidé Arafat.
© Michel Gurfinkiel, 2008