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Michel Gurfinkiel.
S’il y avait un prix Nobel de l’habileté médiatique, il irait cette année – une fois n’est pas coutume – à Israël. Le 6 septembre dernier, Tsahal mène une opération de grande envergure en Syrie. Mais ni le gouvernement, ni le commandement en chef n’en font état. Ils attendent que les autorités syriennes, quelques jours plus tard, parlent d’un « survol aérien de leur territoire ». Puis distillent savamment des bribes d’information à un certain nombre de journaux : d’abord les quotidiens arabes dits « internationaux », comme Al Asharq al Awsat ou Al Hayat, excellents médias publiés en Occident afin d’échapper au contrôle des différents gouvernements arabes ou, ce qui est parfois plus difficile encore, aux pressions de la « rue arabe » ; ensuite à des journaux de référence britanniques, comme le Sunday Times ou The Observer ; enfin aux très grands quotidiens américains, le Washington Post et le New York Times. Au fur et à mesure que les pièces du puzzle apparaissent et s’emboîtent, l’opération du 6 septembre prend ainsi toute sa signification. Les Israéliens auraient liquidé un potentiel nucléaire stratégique que Damas était en train de mettre en place, avec l’aide de la Corée du Nord, de l’Iran et aussi – vraisemblablement – de la Russie. Selon l’enquête parue ce week-end dans le New York Times, la plus récente mais aussi la plus complète, « les installations syriennes étaient beaucoup plus proches de l’état opérationnel que la centrale irakienne de Tammouz-Osirak, détruite les Israéliens en 1981 ». Pour l’instant, répétons-le, le gouvernement et l’état-major israéliens en tant que tels n’ont fait aucune déclaration sur l’ensemble de l’affaire. Un silence viril, qui contraste avec les rodomontades du premier ministre Ehud Olmert, mais aussi du commandant en chef de Tsahal, Dan Halutz, pendant la Seconde Guerre du Liban, en 2006. Et qui semble devoir être mis au crédit du commandant en chef actuel, Gaby Ashkenazy.
Mais lisons plus attentivement le dossier du New York Times. On y révèle que les autorités américaines, prévenues dès le début de l’été 2007 de ce qui se passait en Syrie, étaient « divisées » à propos d’un raid israélien éventuel. Comme d’habitude, la ligne de partage se situait entre l’aile molle de l’administration George W. Bush, centrée sur le Département d’Etat – le Quai d’Orsay américain -, et l’aile dure, réduite aujourd’hui au vice-président Dick Cheney et à son entourage immédiat. Jusqu’à la fin du mois d’août, le président a hésité. Avant d’arbitrer finalement selon son instinct, c’est à dire en faveur d’Israël, à qui il aurait donné, vers le 25 août, son feu vert et sa bénédiction.
Aujourd’hui, si l’on en croit le New York Times, le débat se poursuit. Cheney répète à qui veut l’entendre, et il est homme à être entendu, que le raid du 6 septembre « confirme l’entière crédibilité des services secrets israéliens ». Et que les autres informations, sur d’autres sujets, notamment l’Iran, que Jérusalem transmet à Washington doivent être prises au sérieux. Un débat parallèle se déroule en Europe, et singulièrement en France. Un sociologue a vite fait de dresser un tableau des généalogies, des pesanteurs et des vested interests (« intérêts acquis ») qui poussent toujours, des deux côtés de l’Atlantique, certains milieux vers certaines opinions, et d’autres milieux vers d’autres opinions. Il y a en Amérique une extrême-droite antisémite étrangement mariée, ou hybridée, avec une extrême-gauche qui se croit libertaire mais qui est, en fait, prototalitaire. Il y a en France, un post-vichysme camouflé en post-gaullisme, qui lui aussi suscite d’étranges élans dans une mouvance post-gauchiste ou post-stalinienne. Et beaucoup d’argent à odeur de pétrole ou de gaz naturel circule pour huiler ces circuits.
© Michel Gurfinkiel, 2007