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Michel Gurfinkiel.
L’antisémitisme progresse dans le monde entier. C’est ce qui ressort du rapport annuel de l’Institut Stephen Roth pour l’étude de l’antisémitisme et du racisme contemporain, un institut de recherches de l’université de Tel-Aviv. 590 actes graves de violence antijuive contre des personnes, des biens ou des institutions ont été recensés en 2006, dont 324 – plus de la moitié - dans les pays de l’Union européenne. La hausse est très forte en Grande-Bretagne, au Canada, en Australie et en Afrique du Sud, forte en Belgique, significative en France. Un seul pays échappe à cette tendance : les Etats-Unis, où les actes antisémites ont diminué de 12 %. Détail : à elles seules, les agressions contre les personnes (adultes, adolescents, enfants) ont doublé, c’est-à-dire augmenté de 100 %, par rapport à 2005. Ce que vient de subir le grand-rabbin de Lille à la gare du Nord de Paris, vendredi dernier, n’est pas un cas isolé.
Les auteurs du rapport notent que les responsables de ces agressions sont généralement issus de deux milieux : l’extrême droite néo-nazie et les communautés musulmanes. Mais ils ajoutent que l’adhésion à des idéologies antijuives radicales se renforce dans un troisième milieu : l’altermondialisme. Le rôle joué par le président négationniste iranien Mahmoud Ahmadinejad serait déterminant à cet égard. « Ses affirmations selon lesquelles les Palestiniens seraient les victimes d’un ‘holocauste’ rencontrent un écho grandissant en Europe. Elles coïncident avec un autre point de vue en vogue dans les milieux intellectuels tiers-mondistes, antiaméricains et altermondialistes, selon lequel… l’Etat d’Israël serait une erreur historique. »
Le rapport de l’Institut Stephen Roth omet un seul pays : Israël. On peut comprendre cette erreur : comment pourrait-il y avoir de l’antisémitisme dans un pays juif ? Malheureusement, les faits sont là.
La politique d’immigration menée par Israël dans les pays ex-soviétiques depuis 1991 consiste à accepter toute personne d’origine juive ou ayant un lien familial tangible avec le peuple juif. De fait, il n’est pratiquement pas de famille juive ex-soviétique qui, à un moment ou un autre, n’ait contracté un mariage mixte ; et bon nombre de non-juifs liés à des familles juives se sont sincèrement identifiés au peuple juif. Mais la politique considérée, par sa générosité même, a entraîné des abus et drainé vers Israël au moyen, le cas échéant, de faux documents familiaux, une population totalement étrangère au judaïsme. En quête d’identité, les plus jeunes de ces immigrants, y compris ceux qui servent dans les unités d’élite de Tsahal, se rattachent de plus en plus souvent à l’ultra-nationalisme russe actuel, lui-même ouvertement néo-nazi. D’où la progression, depuis quelques années, d’un antisémitisme paradoxal, qu’il faut bien qualifier d’israélien. Ses manifestations les plus courantes : le culte de Hitler, la profanation de cimetières juifs et des agressions physiques contre les plus juifs des Israéliens, les religieux.
Plusieurs soldats juifs se seraient suicidés ou auraient subi une dépression nerveuse à la suite d’incidents de ce type. Les autorités militaires semblent avoir cherché à occulter le problème. Cela pourrait changer : un soldat juif d’origine française vient de porter plainte contre les persécutions que lui ont fait subir des recrues non-juives russes. Sans nul doute, cette affaire aura des suites.
© Michel Gurfinkiel, 2007