By
Michel Gurfinkiel.
« La femme de César ne doit pas être soupçonnée ». Cette vieille règle de la décence publique – qui signifie en fait que dès lors qu’on la soupçonne, l’épouse d’un souverain est tenue pour coupable -, Israël l’applique aujourd’hui à son président, Moshé Katzav. Il fait l’objet d’accusations de harcèlement sexuel, voire de viol, sur la personne de plusieurs de ses collaboratrices. Une mise en examen et un procès semblent inévitables. Mais avant même que les charges ne soient officiellement réunies ou que l’inculpation ne soit signifiée, une partie de la classe politique et médiatique réclame sa démission et l’élection d’un nouveau chef de l’Etat. Que de vertu, au sens antique du mot. Ou quelle comédie.
Le harcèlement sexuel et le viol (entendu comme la perpétration d’un acte de nature sexuelle, quel qu’il soit, sans l’assentiment du partenaire) sont des pratiques hideuses. Malheureusement, elles semblent courantes en Israël. Des ministres, des officiers supérieurs, en ont été convaincus. Il en va de même aux échelons subalternes. Selon Yedioth Aharonoth, la police militaire enquête actuellement sur une femme de cinquante ans, faisant partie des personnels civils de Tsahal, qui se serait rendue coupable de harcèlement sexuel à l’égard de nombreux officiers et soldats de sexe masculin. Dans un tel contexte, on peut comprendre, tout en le déplorant, que le plus haut personnage de l’Etat se laisse aller à des gestes ou des actes indignes. Mais l’on doit également prendre au sérieux une thèse diamétralement opposée, selon laquelle un certain nombre de personnes mettraient à profit l’indignation de l’opinion publique devant la généralisation des abus de nature sexuelle pour accuser une personne innocente. C’est le mécanisme qui, en France, a abouti à une campagne de diffamation, brève mais violente, contre Dominique Baudis, alors président du CSA. Ou qui a mené à la tragédie d’Outreaux.
A priori, je comprends que les Israéliens soient enclins à la plus grande sévérité envers leur chef d’Etat. Ce qui m’arrête, c’est l’identité et le comportement des accusateurs. Les milieux politiques qui réclament aujourd’hui la démission de Katzav avec le plus de véhémence font l’objet d’accusations au moins aussi graves, dans des domaines au moins aussi vitaux : soit corruption, soit impéritie dans leurs fonctions en pleine guerre. « La femme de César ne doit pas être soupçonnée », en effet. L’application stricte de ce principe impliquerait que ces messieurs et ces dames démissionnent plus vite encore qu’un malheureux président-potiche. Mais non, ils s’accrochent, comme les huîtres, charmants animaux non-kashers, au rocher de Cancale.
Mieux, les vertueux fossoyeurs de Katzav en sont déjà à s’écharper entre eux sur le successeur. Et le premier ministre, Ehud Olmert, à demander le vote d’une loi spéciale sur les modalités d’un tel scrutin, dans le seul but de favoriser son propre candidat, Shimon Peres. Puisque nous avons beaucoup parlé, dans ce billet, de César et des Romains, je conclurai en latin : Ad nauseam.
© Michel Gurfinkiel, 2007.